vendredi 5 décembre 2008

Japon 61

Les quelques jours qui nous séparent encore de notre retour se verront partagés entre les visites de Nagasaki et Hiroshima, un programme plutôt lourd si l’on ne regarde que le côté historiquement tragique des deux villes. Heureusement bien d’autres choses sont à voir en plus des tristes « Heiwa Kôen », Jardins de la Paix.

Nagasaki est enclavé entre plusieurs montagnes et à la forme de l’estuaire d’une rivière, son centre ville proche du port. Nous avons rendez-vous avec Herbling, un universitaire Kenyan qui sera notre hôte pendant les deux nuits que nous passerons là. L’université de Nagasaki se trouve au nord de la ville, et donc à l’opposé du centre, mais par contre très proche de l’hypocentre. Les transports en tramway sont les moins chers du Japon, seulement 100 yen… donc pas de souci pour se déplacer. Dans la chambre de notre ami (12m² à trois), nous prenons un petit déjeuner à la mode Kenyane avant de nous lancer dans la visite.

L’immense statue du jardin de la Paix représente un homme nu les yeux fermés priant pour le repos des âmes tombées, la main droite indiquant la menace nucléaire venant du ciel, alors que la gauche tendu, paume vers le sol, protège les habitants, la jambe droite repliée en tailleur pour la méditation, alors que la gauche est ancrée dans le sol prête à venir en assistance à l’humanité. La visite de l’hypocentre puis du musée consacré à la bombe est un véritable électrochoc. Les poils se dressent sur les bras à chaque nouvelle photographie, sculpture, vidéo, témoignage… le ventre est crispé et malgré notre hâte de ressortir de cet endroit, nous ralentissons pour lire plus, pour voir plus, pour espérer que plus jamais un pareil événement ne se répétera.

La ville de Nagasaki en elle-même n’est pas très attirante, plutôt grise et escarpé. Son histoire exceptionnelle de port d’entrée au Japon pour les occidentaux (Portugais puis Hollandais) a rendu la concentration de Catholiques à Nagasaki exceptionnelle pour le Japon. Mais les Tokugawa ont repoussé il y a longtemps ce fléau et le Japon ne fut pas envahit par les religions de l’ouest.

Comme à chaque départ de grande ville, nous entamons notre longue marche vers la sortie. Lorsque nous atteignons la bonne nationale, nous commençons à faire du stop en direction de Fukuoka (notre véritable objectif étant de relier Hiroshima dans la même journée, puisque notre hôte sur Fukuoka est en vacances à l’étranger)… Lorsque la première voiture s’arrête, l’homme au volant nous explique que nous nous sommes engagés sur la mauvaise direction, mais nous propose de nous aider à nous réorienter. Quelques kilomètres plus loin il nous dépose à l’entrée de l’autoroute direction le nord. Ce n’est jamais une bonne chose car peu de personnes s’arrêtent sur les voies d’accélération ! Sauf ce jour là. Première voiture, une femme, très excitée nous attrape dans sa minuscule automobile et nous avance de 60 km. Sur une aire d’autoroute, elle ne nous laisse pas, mais nous accompagne à la recherche d’un nouveau conducteur. Très bab elle hèle les gens sur le parking, mais les effraye presque et personne ne s’arrête pour l’écouter. Quand après plus d’une demie heure elle ne rencontre pas plus de succès, on la remercie vivement et lui demandons de nous laisser faire (on a l’habitude). Elle nous embrasse avec passion et s’en retourne rapidement auprès de ses enfants qui l’attendent à Sasebo.

Il s’écoule beaucoup de temps sans que personne ne s’arrête, mais le ciel orageux du matin à laissé place à un grand soleil, alors pour passer le temps nous dansons et faisons les couillons à la sortie de l’aire de repos. Un homme en costume, travaillant pour une société s’occupant de distributeur automatique nous prendra finalement et allant jusqu’au nord de Kyushu nous fera faire une bonne moitié du trajet d’un coup… Prenant même le temps de s’arrêter pour nous faire goûter les Tonkotsu Ramen (classé numéro 1 dans notre top 3 personnel, devant les Ramen K d’Osaka et Karai Ramen de Takadanobaba). Sur l’aire où il nous laissera… même aubaine, il voudra nous aider à trouver notre prochain chauffeur, sauf qu’en costume et avec le bagout qu’il a… la première personne acceptera de nous amener jusqu’à… HIROSHIMA ! notre objectif !

Le pont entre Kyushu et Honshu (les deux plus grandes îles du Japon) est plutôt court et la transition ne dure que 10 secondes ! Nous revoilà sur l’île principale.

Hiroshima, contrairement à Nagasaki, semble n’avoir que très peu souffert. C’est faux bien entendu, mais la reconstruction de la ville est bien plus abouti et celle-ci est en comparaison très vivante ! La nuit, les panneaux publicitaires dégagent une lumière incroyable et nous nous faufilons jusqu’au Dôme Atomique, le fameux bâtiment qui fut laissé tel quel à la suite de l’explosion. Encore une fois le ressenti est intense. Le musée lui aussi témoigne de l’horreur… mais je préfère laisser là le sujet.

Hiroshima est elle aussi une ville dans l’estuaire d’un fleuve dont le delta divise la ville en plusieurs îles, d’où son nom (Hiro = large, shima=île). Un peu plus loin sur la côte, se profile Miyajima, qui possède le monument dont l’image est la plus répandue au Japon : la porte (torii) en pleine mer. Accessible à marée basse, nous en profitons pour nous en rapprocher et sauter un peu partout ! Ce soir nous dormirons sur le camping déserté de l’île (il fait un sacré froid). En regardant passer les nombreux daims, nous nous remémorons tous les instants de ces deux derniers mois avec un sourire ravi. Le seul bémol pourrait être que nous n’avons pas pu voir de tanuki (version japonaise du raton laveur, souvent utilisé dans les contes japonais, les tanuki seraient pourvus de nombreux pouvoir dont celui de se changer en humain, sans parler de leur paire de roubignoles). Encore un signe du destin (je vous raconterai également volontiers celui du bracelet) puisque ce n’est pas moins de cinq minutes après avoir soulevé la question que le faisceau de la lampe torche se pose sur un beau tanuki bien grassouillet !


La suite ? Miléna se fait braquet le petit déjeuner par les daims, le superbe pont à 5 arches d’Iwakuni, retour à Osaka chez Yasuyuki, puis la longue route jusqu’à Tokyo où nous retrouverons tous nos amis afin de faire la fête comme il se doit avant de remettre le cap sur la France le 13 décembre au matin !


Nihon Mawaru (Le tour du Japon) en quelques chiffres :

  • 7500km de stop
  • 77 chauffeurs (merci en particulier à Akie, Tetsushi, Yumi, Takagi, Mio, Takayama, Takashi, Kopechan, Yuuji, Nori, Kaoru, Eto, Yuuki, Yuuko, Yoshiko, Ishizawa, Aki, Sayoko et Hirose)
  • 65 jours de voyages
  • 16 nuits dehors
  • 14 nuits d’hôtel
  • 34 nuits chez nos hôtes (merci Becky, Franck, Aï-chan, Chikashi-kun, Aya-chan, Osamu, Jun, Lucile, Zach, Yasuyuki, Steeve, Derrick, Naoko, Yuuko, Yoshiko, Herbling)
  • Je ne sais plus combien de temples…
  • 6 châteaux
  • 170 onigiri (un peu inventé celui-là, mais on ne doit pas être loin de la vérité)…
  • Budget 330.000 yen (soit l’équivalent de 1900 euro au début de notre voyage, mais égal à 2800 à la fin, vive la crise)
  • 10km à pied par jour en moyenne

On me demande souvent comment nous faisons pour faire de si longs voyages. Je dirais qu’il faut avant tout sourire. Ensuite ne pas avoir peur d’avoir de temps à autre un peu faim ou un peu froid. Une bonne condition physique. Une grosse soif d’aventure et une curiosité sans borne. Un peu d’argent de côté. Contrairement à ce que l’on pense trop souvent… l’argent ne limite pas les déplacements… l’esprit par contre peu infliger de grande limite, par peur de manque…

On a très hâte de vous revoir prochainement.

2 commentaires:

Sophiedeno a dit…

Bravo!

keveen Gabet a dit…

je kiffe les chiffres et statistiques..cest souvent ce qui me fait tenir debout
je vous aime